La vallée du Marcadau est l'un des rares territoires de la montagne pyrénéenne ayant fait l'objet d'observations pédologiques. YM Cabidoche y a en effet travaillé à la fin des années 1970 dans le cadre de son DEA et de sa thèse, sous la direction de JP Legros et M Robert. Nous devons la parcourir aujourd'hui pour aller jusqu'au lac d'Aratille. Le but de ce transect n'est pas de revoir les points de sondage déjà analysés et observés par YM Cabidoche, c'est de les compléter plus en altitude et de comprendre le paysage qui en découle.

Le PNP nous a accordé un droit de passage voiture jusqu'au Cayan, nous gagnons un temps précieux, d'autant plus que la météo est encore très capricieuse. Tout commence par un embouteillage de brebis, le troupeau est impossible à doubler et bloqué au bout de quelques temps par un pont que les bougresses ne veulent pas franchir. C'est l'occasion de discuter avec le berger qui va passer quatre mois en estive de la qualité fourragère de celles-ci et du bénéfice ou non apporté au troupeau. On se quitte (enfin !) après le pont d'Estalounque, nous obliquons vers le sud, le long du gave d'Aratille. Premières rencontres improbables vers 2000m d'altitude : des vers de terre d'une dimension respectable arpentent les dalles de granite en profitant d'une lame d'eau à leur surface. Ils sont gaillards ceux-là ! Mais pourquoi un tel déplacement ? Serait-ce encore un des grands mystères de la nature, la migration du ver de terre dans les austères espaces granitiques du Marcadau ? Nous évitons donc de les écraser et après une dernière montée un peu rude, le lac d'Aratille s'étend à nos pieds mouillés. Le fond de la vallée est sous la neige, demi-tour donc, car ce coup-ci on a encore plus froid que la veille. Les profils et sondages s'enchainent dans la descente, avec toujours ces horizons d'éléments grossiers à Bh en enrobement, conférant un aspect noirâtre et gras aux surfaces planes. C'est aussi l'occasion de tester un merveilleux indicateur des matériaux de profondeur : la marmotte. Ce petit animal à poil long creuse volontiers là où le pédologue baisse les bras de dépit tant le sol est caillouteux, produisant un tas appréciable qu'il suffit d'analyser avec la prudence de rigueur. Elle se laisse ensuite photographier avec placidité, son petit piochon entre les pattes. Je pense en dresser une bientôt, la taupe étant trop retorse car ne cherchant qu'à boulotter des vers de terre affaiblis par le manque de calcium.

Un dernier prélèvement sur les bords du gave pour caractériser les Fluviosols d'un ombilic, dans une position un peu périlleuse, puis retour à la voiture. Ensuite, il pleut, comme d'habitude...

IMG_8692compà proximité de la confluence du pla de la Gole

IMG_8699compLes dalles dénudées entre le Bassia et Aratille, site de transhumance du vdt pyrénéen

IMG_8706compLe lac d'Aratille, brièvement exposé entre les nuages