Atelier Sols, Urbanisme et Paysages - ASUP

29 août 2018

Sol et changement climatique

Le projet POCTEFA "Observatoire pyrénéen du changement climatique" comporte un protocole de suivi des végétations de combes à neige alpines à Salix herbacea. Selon le rapport d'état initial, ce type de végétation est en effet particulièrement sensible aux changements environnementaux et il répond aux variations climatiques comme le réchauffement. Ces communautés de combes à neige peuvent être considérées comme des modèles pour l'étude et les prédictions des effets du réchauffement climatique sur la végétation alpine.

Depuis 2014, 14 stations réparties sur toute la chaîne pyrénéenne font alors l'objet d'un suivi des végétations de combes à neige. Les partenaires du projet sont l'Université de Barcelone, le CBN méditerranéen, le Parc National des Pyrénées, le CENMA (institut des études andorranes), l'IPE, l'IHOBE, l'ONF et Nature Midi Pyrénées. L'ensemble est coordonné par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (CBNPMP).

ASUP a été sollicité par le groupement pour venir diagnostiquer les sols et leur fonctionnement dans les 14 stations. Il s'agit de réaliser des observations de sol, de récolter des échantillons de terre pour des analyses physico-chimiques et biologiques, de noter tout ce qui peut, du point de vue du sol, avoir une incidence potentielle sur les conditions de croissance de ces végétations. Le tout sans détruire les stations, donc sans fosse pédologique, sans pioche ni pelle, ni tracto-pelle, mais là on s'en doutait à l'avance.

L'étude a commencé cet été. Et les stations à étudier sont parfois lointaines, très lointaines. Celle du Mont Valier, par exemple, se situe sur le Petit Valier, à environ 2700m d'altitude. Sachant que le parking est à 930m d'altitude, cela fait donc une petite trotte, que j'ai scindée par une nuit au refuge des Estagnous*, en compagnie des deux chargées d'études de l'ONF qui suivent régulièrement cette station. Il faut monter avec le sac rempli de matériel, dont une tarière qui me donne une allure bizarre de type un peu perdu sur cette planète. Après, il faut arriver à dormir au milieu d'un océan de ronflements, en évitant de trop boire avant. Puis, sur place, il faut improviser car chaque station est différente et nécessite une approche adaptée pour les observations. Ensuite, il faut redescendre avec les kilos de terre sur le dos, et la tarière qui pèse de plus en plus lourd (c'est une histoire d'energie potentielle), retrouver la voiture surchauffée et souffler un grand coup (c'est une histoire de PV=nRT). Recommencer à la station suivante.

Heureusement, certaines stations sont un peu plus simples ; par exemple pour atteindre les stations andorranes, il existe des installations mécaniques destinées à remonter les petits pédologues à toute allure vers un destin connu d'eux seuls, avec leur matériel encombrant. Dommage que cet outil magique ne soit utilisable qu'en montagne ; il faudrait d'ailleurs le coupler avec la marmotte fouisseuse pour que la vie du pédologue soit tel un fleuve tranquille. Je me vois bien me véhiculer en France sur un télésiège, avec une marmotte fouisseuse dans le sac, rencontrer des maïsiculteurs et leur expliquer les bienfaits de la connaissance des sols pour leur transition agro-écologique.

Les premières observations montrent une diversité de sols et de fonctionnements, diversité inter-stations et même intra-stations. Pourtant la surface de ces stations est très réduite, quelques m² seulement. A ces altitudes, les moindres variations topographiques (convexités, micro-cuvettes...) ou climatologiques (effets d'abris, effets de réverbérations...) semblent avoir une incidence importante sur les sols, leur fonctionnement et leur répartition. Dans tous les cas, le facteur vitesse de déneigement de la combe à neige est aussi fondamental par rapport au régime hydrique des différents sols de la station. La représentativité des sols de chaque station est aussi évaluée au regard du contexte général, afin de vérifier que l'on se situe soit dans un continuum, soit dans un cas spécifique dont il faudrait alors mieux analyser les déterminants.

Deux exemples de mini-monolithes observés en Andorre, à quelques mètres de distance. Le premier est positionné en situation de proximité avec un ruisseau (ombilic), son régime hydrique est fortement influencé par les variations du niveau du ruisseau ; on voit en arrière plan le saule herbacé en cours de fructification. Le deuxième est positionné en position d'atterrissement de bas de versant, en sol quasi minéral brut.

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Un autre exemple de mini-monolithe de sol, station du Valier, ci dessous, avec une forte incorporation de matières organiques.

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L'architecture racinaire et le statut mycorhizien des saules de chaque station mériteraient aussi d'être analysés.

Il reste à terminer la tournée des stations, à reprendre les résultats des analyses, à établir les correspondances et la typologie, etc, etc, encore pas mal de travail !

IMG_20180821_080038_modMontée au petit matin vers la station, le refuge des Estagnous est en arrière plan

 

* Le refuge des Estagnous ? Que vous soyez pédologue ou pas, un séjour là haut c'est tout bonnement génial !

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18 janvier 2018

En photo dans viméo (mais pas dans Closer...)

Je viens de visionner avec un petit temps de retard le webinaire consacré à la microbiologie moléculaire et son intérêt pour le diagnostic environnemental. Pour ceux qui ne connaissent pas encore les webinaires de l'AFES, je ne peux que vous encourager à consulter le site pour rechercher de l'info et se mettre à jour. Pour atteindre celui qui fait l'objet de ce petit post, rien de plus facile : il suffit de cliquer sur  https://vimeo.com/channels/webinairesafes/248182646.

Bien, donc je suis concentré sur l'exposé qui vient de commencer, quand tout à coup mon coeur s'arrête net : sur une photo, je viens de reconnaitre un couteau à huître !!! Oui, un petit couteau au manche galbé noir, qui tient très vaguement une mire AFES à peine déroulée, sur un tout petit profil. C'est étonnant. Car il est vrai que tous mes collègues exhibent des couteaux gigantesques, tous plus meurtriers les uns que les autres, des engins solides, qui transpercent les horizons et fouillent allègrement dans les mottes.. Alors que moi, au contraire, je me trimballais il y a encore peu de temps avec un petit couteau à huître comme celui de la photo ; mais bon j'ai de petites mains. Bref, je décroche complètement de l'exposé en me demandant mais qui peut bien posséder le même petit outil ridicule que moi ? Il doit bien y avoir une source indiquée sur cette photo ? Alors j'interromps le déroulé du webinaire et je zoome, je zoome et je zoome et... mais c'est bien mon couteau ! et c'est ma mire ! et c'est mon profil ! d'ailleurs il ne fait que 20cm de profondeur, qui oserait faire un profil de 20cm de profondeur, non mais, tu fais des fosses de pédologue ou des gratouillis de poule naine ?!

J'en ai le souffle court. MON profil sur un exposé de cette qualité, utilisé par des scientifiques aussi connus. MON petit couteau à huître au milieu de la transcriptométrie génomique. C'est dingue. Je fais de la télépédoréalité. On va enfin me reconnaitre dans tous les séminaires IGCS de France ! Mais... mais non, flûte, y'a pas mon nom sur la photo... Peut-être à la fin de l'exposé, une page qui cite les sources photos ? J'y vais, mais non, rien, pas de citation, pas de source, nada. Bah, alors, comment on va faire pour me reconnaître  ? Raté. Quelle déception. C'est d'autant plus cruel que mon petit couteau dort maintenant paisiblement dans un tiroir, sur un lit de velours, j'ai pêté son manche l'an dernier dans un combat contre un agrégat particulièrement retors. Gros, gros soupir...

Heureusement, il y a peu de temps, on m'a appelé deux fois pour me demander l'autorisation de récupérer certaines des photos de ce blog, pour illustrer des livres ; et bien sûr que je suis d'accord, je suis content de contribuer à quelque chose ; mettez juste une petite mention ASUP sous la photo, c'est sympa et c'est pas grand chose. Mais peut-être qu'au royaume de la microbiologie, les évidences grosses comme des maisons ne sautent plus aux yeux ? Bandes de micropoules naines, tiens !

 

 

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04 novembre 2017

Deux nouvelles contributions présentées aux géo-geeks ...

D'année en année, cela devient pour nous un rendez-vous difficilement contournable. Bien sûr, il y a l'attrait de manger son pic-nic sur les escaliers menant au château de Versailles, il y a l'incomparable lunch-box toujours très design avec ses petites bouchées bio-qq-chose, mais c'est avant tout l'occasion de présenter nos travaux en géomatique associée à la pédo ou à l'urbanisme et d'aller écouter un tas de communications autour de nos métiers. Nous sommes donc de nouveau partis cet automne pour assister au séminaire ESRI, qui se tenait cette année aux Docks de Paris, la salle des congrès de Versailles étant devenue trop petite (dommage pour le pic-nic).

Deux communications au programme : Guillaume intervenait en salle autour du retour d'expérience de l'utilisation d'Arcgis Online entre consultants indépendants ; Geneviève et moi présentions une storymap autour d'une nouvelle idée de valorisation des sols. Les storymap sont un outil récent pour nous, je vous en ai déjà présenté une autour de la valorisation des sols du Livradois Forez dans un précédent message. Il y a encore de très nets progrès à faire, mais les prochaines présentations en urbanisme vont arracher des soupirs d'aise aux services de l'état et aux collectivités, on en est sûr. 

Quelques mots de la storymap présentée cette année. Elle traite de la notion de terroir urbain et elle est illustrée par le cas du Pays de Lourdes, un territoire sur lequel nous élaborons en ce moment un PLUi (en association avec d'autres confrères : TADD, Pays-Cités, Repérages Urbains, Ecotone). La notion de terroir urbain s'envisage de la même façon que celle du terroir en milieu agricole, que l'on a plus l'habitude de traiter ; elle est très importante pour moi, en tant que pédologue, car elle permet de recentrer l'approche productive alimentaire en ville autour du sol et de ses caractéristiques. Pas sûr que la culture des salades sous néons et solutions nutritives puisse un jour accéder à ce statut... En revanche, cela conduit à une réflexion transversale associant urbanistes réglementaires, sociologues et pédologues. Ces travaux sont présentés actuellement dans le rapport de diagnostic et d'enjeux du PLUi du Pays de Lourdes. C'est une première étape avant d'enrichir le concept par d'autres travaux menés prochainement avec le laboratoire Alcina, à Montpellier, et avec le consultant Jean Rondet, à Bagnères.

Le lien pour visualiser la storymap :

https://arcg.is/0viSX8

Deux petites photos ensuite : la première donne une idée de la nouvelle salle des exposants installée aux Docks de Paris ; tout en bas, on voit les deux écrans (deux autres de plus en vis à vis) qui permettaient de visualiser la trentaine de storymaps proposée par les intervenants. La deuxième photo, c'est la page finale de notre récit, une superbe vache et ses mouches qui regardait passer les troupeaux de géomaticiens. Elle a de la classe, non ?!

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La troisième photo, c'est une déclinaison intéressante de la cartographie, pour la rendre plus accessible aux enfants et aux réfractaires. Beaucoup de succès !

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23 août 2017

Tournée de valorisation du RRP Livradois-Forez

Le RRP du Livradoix Forez est terminé, il nous fallait le valoriser au cours d'une tournée de deux jours : montrer aux acteurs locaux, aux forestiers et agriculteurs ce qu'apportent un diagnostic du sol et l'analyse d'une carte.

Je veux insister ici sur les modalités de ces deux jours. En effet, la partie cartographie est terminée depuis presque 1 an, les fosses pédologiques ont été ouvertes également depuis un bon moment et il n'était pas possible de faire une véritable tournée d'observation de fosses. Aussi, nous avons décidé de procéder en deux temps avec VetagroSup, le Maître d'Ouvrage de ce dossier : d'abord une intervention en salle, dans les locaux du PNR Livradois-Forez, puis une tournée selon un transect montagne - plaine, entre forêts et parcelles cultivées, mais sans possibilité d'ouverture de fosses. Cela dit, les techniciens susceptibles d'accorder de l'importance à ce document cartographique pour se repérer dans la pédologie de la région ne disposeront pas de fosses pédologiques ; ils feront essentiellement des sondages tarière ; il est donc tout aussi important de montrer ce que l'on voit avec des outils "simples" en parallèle de ce que le document présente : autrement dit, il faut pouvoir comparer une iconographie de notice avec un sondage tarière, sans interférence d'une belle tranche de sol ouverte en direct.

La phase d'intervention en salle a été l'occasion d'inaugurer ma première StoryMap. Elle est accessible sous le lien :

https://arcg.is/TCnaO

Bon, il y a encore des progrès à faire, c'est sûr.

Pour la phase de terrain, nous avions prévu environ 6 stations par journée, de sorte de pouvoir discuter et débattre sans trop se presser. Sur chaque station, une analyse du paysage était faite, et le site était donc replacé dans son contexte général. Cette étape est importante car elle permet à chacun de saisir toute la difficulté de la cartographie à cette échelle du 1/250000 ; nous pouvons présenter quelles sont nos propositions cartographiques et les paramètres qui les ont guidées. La problématique des limites peut aussi être abordée simplement.

 

 

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Ici, par exemple, nous abordons la question des sols sur gneiss et la problématique du choix de la localisation des sondages : forêt, prairie ? Quelle représentativité ? etc. Pour pallier au manque de fosse, nous avions apporté deux outils qui se sont révélés parfaitement complémentaires et très pratiques : deux étudiants de VetagroSup avaient réalisé auparavant des sondages tarières placés en gouttière, transportables et nous avions amené des tirages A3 de photos de profils, que nous avions plastifiés. Cela donne ceci (photos suivantes) :

 

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Le maniement de ces outils est très simple, on peut les sortir, les archiver, les montrer, les échanger, en faire des devinettes, s'interroger tout en discutant et débattant. Les gouttières amènent le toucher, les sensations, la 3D, les photos permettent de référencer en quelque sorte le sol contenu dans la gouttière. On peut sonder à la tarière ou à la bèche à côté de l'endroit que l'on décrit et comparer avec ce que l'on trouve. Comme on doit s'approcher de plus près, tous les participants deviennent plus acteurs.

Sinon, outre le beau temps qui se généralise dans le Massif Central depuis le début de l'anthropocène, nous avons pu vérifier que la plupart des gens gardent une attitude très distanciée par rapport aux sols ; la photo suivante en est une démonstration éclatante. A moins que ce ne soit une distance respectueuse ? Que ça pue peut-être ? Je ne sais pas...

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Sporées - "Chemin de terre"

Pour reprendre le fil de la discussion, rien de mieux que d'évoquer la nouvelle exposition d'Anouck Durand-Gasselin, "Chemin de terre". J'avais déjà parlé de son travail et de ses recherches plastiques sur les sporées de coprin, exposées à Villefranche de Rouergue il y a quelques années. Anouck Durand-Gasselin approfondit désormais son oeuvre avec des sporées de pleurotes, déposées sur des plaques d'aluminium de très grand format. Ces sporées sont confrontés à des travaux de périodes antérieures, rendant évidente la cohérence de ses recherches.

Je n'aurais jamais pensé qu'une sporée pouvait être aussi puissante et à la fois si subtile dans son cheminement dans l'espace, sans doute animée par des courants d'air trop ténus pour être perçus. Les oeuvres qui en ressortent sont absolument magnifiques et touchantes ; il faut juste laisser à la porte le questionnement scientifique, les procédures, les normes, et se rappeler combien nous dépendons de ces petits riens qui façonnent jour après jour notre monde. Nous voyons de l'immobilisme là où résident une très grande profondeur et une formidable dynamique.

L'ensemble de ses travaux était exposé ce mois ci à la galerie Mirabilia, à Vallon Pont d'Arc ; une galerie qui promeut d'autres artistes avec un beau fil conducteur lié à la nature. Pour des informations sur la galerie : www.galeriemirabilia.fr

Alors même si l'exposition est terminée pour l'instant, vous pouvez plonger dans l'oeuvre d'Anouck Durand-Gasselin en consultant son site http://anouck-durand-gasselin.fr/  Mais surtout ne ratez pas "Tamogitake".

 

Et pour ceux qui auraient un détour à faire en cette fin d'été pour se laisser guider par une autre ligne, celle du Partage des Eaux : http://www.parc-monts-ardeche.fr/actualites-archivees/le-partage-des-eaux-programme-de-l-ete-2017-593.html

 

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25 septembre 2016

Parution de "Territoires mycologiques" chez Educagri

Un nouvel ouvrage vient d'être édité chez EDUCAGRI : "Territoires mycologiques. Les champignons au service des forêts et des hommes", sous la signature de Jean Rondet et Fernando Martinez-Pena. Cet ouvrage va beaucoup plus loin que les précédents manuels édités à l'occasion de Micosylva : il s'intéresse désormais aux champignons ecto comestibles comme élément intégrateur des territoires, vous verrez que la proposition est novatrice et pertinente. Comme toujours, l'ouvrage fait la part belle au sol et à l'importance de son diagnostic. Les éditions EDUCAGRI proposent avant tout des livres destinés au milieu de l'enseignement agricole et forestier : enfin, les concepts de la micosylviculture vont entrer dans les cycles de l'éducation agricole, c'est l'autre excellente nouvelle.

Pour plus de renseignements : http://editions.educagri.fr/amenagement-foret-jardins/4911-territoires-mycologiques-9791027500888.html

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27 août 2016

Le bélier est-il toujours vivant ?

7h30 du matin, cabane det Caillau, au fin fond de la vallée de Lhers.

Un chien sort en aboyant de l'une des cabanes et s'enfuit dans le brouillard, vers un destin connu de lui seul.

Ailleurs, sans doute dans l'une des autres cabanes, un de ses copains hurle à la mort sans s'arrêter.

Notre objectif avec Stéphanie de Bordeaux Sciences Agro est d'aller sonder les sols des secteurs du Pic Rouge, dans les pélites versicolores et les grès et conglomérats du Permien. Il s'agit d'une nouvelle semaine en montagne béarnaise, toujours dans le cadre de la cartographie des sols des Pyrénées Atlantiques. 

La montée est régulière et passé le col de Saoubathou, on plonge subitement dans un paysage en quadrichromie vert / rouge / blanc / bleu.

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Nous croisons la gardienne du refuge d'Arlet et ses deux mules qui descendent au ravitaillement.

Peu à peu, les jalons que nous posons et qui signalent tous les sondages et prélèvements que nous devons faire sur le retour s'accumulent derrière nous et nous décidons de nous arrêter au niveau de la cabane de Lapassa. On souffle face au paysage et à la mer de nuages que nous dominons ; dernière nous, une brebis bêle, haut dans la falaise ; qu'est-ce qu'elle fait là ? Tout à coup, un berger surgit de derrière un bloc et s'assoit auprès de nous, bien décidé à discuter. Il nous apprend qu'un troupeau de brebis doit passer par ici à 5h, c'est celui d'un de ses collègues. Bon. C'est réglé un peu comme le RER donc.

- Et derrière nous là-haut, qu'est-ce qu'elle fait là cette idiote à bêler comme une perdue ?

- C'est un bélier nous répond-il ; et ça fait maintenant quinze jours qu'il est coincé là haut... Mais là, poursuit-il, il n'en a plus pour très longtemps ...

- Ah bon ? Mais qu'est ce qui va se passer alors ?

- Ben il va sauter. Enfin on sait pas encore vraiment...

Cinq mules en profitent pour surgir de derrière le même bloc que le berger. Elles nous regardent puis se dirigent toutes seules comme des grandes vers un abri proche. Elles n'ont visiblement pas envie de discuter.

Nous repartons sous le regard éperdu du bélier, vers nos premiers sondages, le berger étant parti dîner.

La gardienne du refuge en profite pour repasser dans l'autre sens avec ses deux mules.

Deux sondages dans des zones d'accumulation plus tard, voilà qu'un autre type arrive depuis le col, avec deux mules à vide.

- vous avez vu passer une dame avec deux mules ? nous demande-t-il.

- Ben oui, et même deux fois, elle a la santé pour courir à cette allure dans la montagne.

- C'est normal, c'est la gardienne du refuge, nous dit-il.

- Oui, on sait, on nous l'a déjà dit.   Et vous, vous la suivez ?

- Non, je viens chercher les fromages.

- Ah oui, à la cabane juste sous la falaise où il y a un bélier coincé !

- Tiens, il a pas encore sauté ?

Non, il n'a pas encore sauté, mais il nous apprend que de toute façon un hélitreuillage vaut une fortune, sans doute plus cher que le bélier. Puis nous discutons pédo, car il possède plus que des notions dans cette discipline, après des études d'environnement à la fac. Nous sommes en train de faire des sondages dans une zone de lapiaz de conglomérats : la proportion d'éléments grossiers calcaires dans le conglomérat est telle que le paysage a pris les formes typiques des lapiaz, en rouge, gris et vert. C'est superbe. Et le sol autour est hypercalcaire, sauf dans les lézines très organiques. L'environnement proche de ce lapiaz est d'ailleurs le seul endroit où le sol est si calcaire, ailleurs l'effervescence est nulle ou presque, depuis le début de la journée.

 

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Au dessus de nous, quatre vautours arrivent en trombe depuis l'ouest, ils font trois petits tours par dessus le bélier coincé puis ils s'en vont, la viande n'est pas prête.

Un autre profil en travers d'un cône de dejection très court et peu pentu nous amène à retrouver une structure que j'avais déjà observée à Estaubé il y a quelques années et que Micheline Eimberck avait identifié comme des figures de décompression ou du "creeping". Il s'agit ici d'une succession de trois horizons, le plus superficiel étant polyédrique émoussé fin, organique, l'horizon médian étant lamellaire fin, très lacunaire, très aéré et meuble, puis l'horizon sous-jacent continu à sous-structure polyédrique peu nette grossière, compact, peu poreux. L'horizon médian fait effectivement penser à un volume de glissement par dessus un volume très peu poreux et peu perméable qui lui sert de plancher. La pente est ici relativement faible, ce qui suggère une grande fragilité de ces sols au regard par exemple d'un piétinement excessif ; les horizons de surface organiques peuvent alors se retrouver enfouis par simple enroulement, donnant un aspect "zébré" au sol que j'avais pu voir à Estaubé. Sur la photo ci-dessous, le profil n'a pas été rafraichi pour mieux laisser voir ces trois structures très différentes.

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Nous revenons au col de Saoubathou, déjà bien chargés d'échantillons. C'est le moment que choisit le convoyeur de fromage pour revenir avec ses deux mules chargées de fromages. Nouvelle petite discussion autour de la cartographie des sols ; nous prenons des nouvelles du bélier, il est toujours vivant.

Il est temps de repartir du col et de poursuivre les transects, le brouillard monte lentement et en plus il se fait tard, les prélèvements ne sont pas finis.

Voilà que surgissent trois randonneurs depuis la montée de Lapassa. Tout le monde surgit de n'importe où ici. Ils sont hilares, sans doute heureux d'être dans ce décor. L'un d'entre eux s'approche du cairn qui signale le col. Soudain un cri.

- Mais merde, on devrait pas être là !? (ouf, ce n'est pas le cri du bélier qui saute)

Comme nous sommes de grands cartographes, nous nous approchons.

- Eh bien, vous allez où ?

- Mais au refuge d'Arlet !

- Effectivement, c'est à l'opposé. Vous êtes même passés au pied de la dernière montée, à Lapassa. 

Des trois, il n'y en a plus qu'un qui se tord de rire, c'est celui avec le matériel de supermaché et la gourde en plastique. Il a dû se laisser convaincre de venir faire un super truc en montagne, mais ça doit faire deux jours qu'ils tournent en rond.

Les voilà repartis dans le brouillard, dans l'autre sens. Le bélier va avoir de la compagnie cette nuit.

Nous continuons à observer et échantillonner les sols dans la descente. De l'hydromorphie fossile en pagaille sur des pélites, des ORGANOSOLS sur calcaires en dalle, nous nous occupons un bon moment.

Alors que nous en sommes au dernier tiers de la descente, un jeune couple nous croise ; ils montent, ils sont lourdement chargés tous les deux.

- C'est encore loin le col ? (entre deux halètements)

- un peu oui, au moins 40 minutes... Mais il y a du monde par là haut, vous ne serez pas tous seuls !

- tant mieux, il est tard et c'est long...

Tant mieux, je ne sais pas. Quatre vautours en maraude, trois randonneurs en perdition, le troupeau de cinq heures, le bélier suicidaire, des bergers qui demandent des nouvelles des bergères... Et des mules autonomes à tous les coins de ravin, le danger est partout. On dirait du F'murr.

L'arrivée pour nous deux se fait aussi dans le brouillard, au milieu d'un troupeau de brebis. Il est tard, les tonnes de terre pèsent... des tonnes justement.

A l'heure qu'il est, j'ai une petite pensée pour le bélier.

 

 

 

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06 août 2016

Erosion des sols en Champagne crayeuse

Les photos qui suivent ont été prises en Champagne crayeuse à l'occasion de la cartographie RRP de la Marne et des Ardennes, au cours d'une session de terrain fin mai - début juin 2016. Contexte de période pluvieuse, secteurs situés au sud de Chalons en Champagne. Le repérage de ces situations pratiques de phénomènes d'érosion permet de valider d'éventuelles études de risque basées sur les modèles prédictifs habituels. Les pentes indiquées sont approximatives. Cultures : betterave.

Ci-dessous une parcelle en position de convexité, pente de l'ordre de 5%. Le ruissellement de surface est ici pratiquement perpendiculaire aux rangs de betterave. Les matériaux transportés se sont déversés par dessus un talus et ont poursuivi leur course jusque dans le village situé juste à l'aval, en suivant tout bêtement la route. La taille des jeunes plants, leur densité et le sens des semis ne permettent pas d'arrêter les ruissellements.

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Photo ci-dessous, pente inférieure à 1%, l'essentiel du ruissellement suit uniquement deux passages de roue ainsi que les virages du tracteur. Au bas de la photo, on distingue une accumulation de matières organiques broyées.

 

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Photo suivante, juste sous un sommet de butte, pente 2% à peine. Ravine de 10cm de profondeur environ.

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Détail de la ravine, on peut voir l'apparition des horizons très caillouteux dans le fond. Le fond de la ravine ne dépasse pas cet horizon caillouteux. Le sol est ici un RENDOSOL de craie, assez typique de ces positions.

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Vue du profil de sol dégagé par la ravine. Les plants sont déchaussés. Il existe une rupture de perméabilité entre les horizons LAca de surface, très finement structurés et poreux et les horizons plus profonds, caillouteux à matrice argileuse à argilo-limoneuse, compacts. Les ruissellements hypodermiques peuvent se déclencher dans ces horizons poreux de surface.

IMG_1424_redimNon loin de la photo précédente, toujours sous le sommet de butte avec une pente inférieure à 2%, deux petites nappes de charriages superposées, sans doute liées à deux épisodes pluvieux successifs. Les jeunes plants sont enfoui sous les nappes, ils ne sont pas arrachés.

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Les deux nappes se surimposent à cette structure de surface (photo suivante)

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En vue plus rapprochée, on peut observer le granoclassement des matériaux transportés.

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Alors c'est vrai qu'en matière de lutte contre l'érosion, le paysage ne semble pas proposer de solution visiblement efficace. La photo suivante montre que les rares verticalités sont assurées par quelques haies éparses et surtout par des éoliennes. Mais il est sûr également que d'un point de vue strictement administratif, le sol n'est pas nu, puisqu'une culture est installée. J'ai déjà eu cette discussion dans le 65 à propos des couverts hivernaux ; du moment que l'implantation est faite, on pense un peu rapidement que les phénomènes d'érosion sont contrôlés, tout comme les processus de lixiviation de l'azote.

_MG_1149_redimEn outre, sur la photo suivante, on peut voir que des longueurs importantes de haies sont parfois implantées, mais dans le sens de la pente ; leur efficacité dans la lutte contre l'érosion est alors plus limitée. 

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Malgré les très faibles pentes et la géomorphologie globale de ces paysages, j'ai été surpris par l'intensité des phénomènes d'érosion que j'ai pu observer durant ces quinze jours de printemps. Est-ce qu'il s'agissait d'une année particulière au regard des pluies ou de leur intensité?

 Et pour finir, un petit clin d'oeil (trop facile...).

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22 mai 2016

RMQS 2 entre plateaux de la Haute Loire et Vercors

Une longue transversale dans des paysages magnifiques pour cette deuxième semaine RMQS (un petit rappel ? http://www.gissol.fr/publications/fiche-reseau-de-mesures-de-la-qualite-des-sols-rmqs-2183) . Le point de départ de cette semaine est situé à Mazeyrat d'Allier ; il nous amène au milieu des scories basaltiques, en bordure du bassin de Langeac. L'implantation du dispositif est assez complexe au premier abord, mais elle est précisemment décrite dans le cahier des charges et le manuel élaborés par INFOSOL ; ce dernier est en l'occurrence un véritable manuel du prélèvement et de l'échantillonnage de sol, y compris pour réaliser des densités apparentes, des mottes pour les réserves utiles etc., qu'il serait utile de diffuser plus largement qu'aux participants de ce programme RMQS (il serait fort utile par exemple pour les prélèvements des reliquats azotés). Une fosse difficile à creuser du fait de la quantité de cailloux et de pierres présents dès la surface. Quant aux vers de terre grands comme des couleuvres que l'on retire au fur et à mesure, je ne sais pas s'ils se nourrissent de lentilles AOC mais ils sont gaillards et rivaliseraient presque avec les boas des touyas de Lannemezan. 

C'est l'occasion aussi d'aller visualiser le développement du système racinaire d'un arbre dans un front de carrière juste à côté du site. Et d'apprécier la profondeur de ses racines.

 

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La suite de la semaine nous amène dans la Drôme. D'abord en milieu forestier, à Beaufort sur Gervanne, pour réimplanter un site BioSoil ; ces sites correspondent au réseau systématique de suivi des dommages forestiers, échantillonnés en 2006-2007, repérables aux grands chiffres peints sur les arbres. Puis, un site au milieu de la lavande, à Bellecombe-Tarendol. Un paysage magnifique, mais que de cailloux encore ! La lavande a été replantée en 2015, elle est encore toute jeune, partie pour un cycle de 10 ans. L'enquête que nous devons réaliser avec l'exploitant nous apprend pas mal de choses sur les difficultés de cette culture, les outils utilisés, la problématique de la filière et la déprise qui règne dans ce territoire ; les parcelles sont abandonnées lentement mais sûrement, peu d'installations en perspectives, des distilleries un peu trop lointaines qui obligent à imaginer d'autres sites de production. Comme nous le dit l'exploitant, "le paradis est là, mais il faut se le gagner...".

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Dernière étape de cette semaine, les gorges de la Bourne, aux pieds du Vercors. Là encore, le paysage est à couper le souffle, surtout quand on traîne un peu trop longtemps sur le RRP de la Marne. L'accès à la parcelle est aussi à couper le souffle, surtout qu'il faut porter un tas de matériel et se maudire quand on a oublié un sac et les élastiques qui les ferment tout en bas dans les voitures.

_MG_1119_redimUn dixième du matériel à porter à chaque site. Surtout ne rien oublier...

La crainte pour cette station c'est de renverser les seaux dans lesquels on forme les échantillons composites au fur et à mesure des sondages tarière. Impossible de trouver du terrain plat, il ne faut pas être brusque ! Par contre, l'avantage c'est qu'on se trouve systématiquement à bonne hauteur pour démarrer les sondages tarière (enfin, moi en tout cas).

_MG_1140_redimLe petit point blanc en bas à droite, c'est le site de la fosse.

 

_MG_1134_redimLa prise des photos d'environnement au milieu du dispositif de 25 sondages

(matérialisés par les fanions rouges), aux pieds des falaises de Presles.

Une dernière photo du profil de sol, un CALCOSOL colluvial, et départ pour le nord, la Marne, le colza et les éoliennes.

_MG_1142_redimRMQS

 

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21 avril 2016

La chromatotopographie, un nom barbare pour un outil d'aide à la cartographie pédologique

Il faudra lui trouver un autre nom, c'est sûr...

De quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un petit utilitaire mis au point par Guillaume Arlandes de Pyrénées Cartographie, qui permet de visualiser plus simplement une multitude de critères qui servent généralement de base à la décision cartographique sur le terrain ou au bureau. Le résultat a été publié à l'occasion de la session ESRI à Versailles l'an dernier ("Une autre vision du paysage", Arlandes G. et Rigou L.), en prenant appui sur un exemple dans les Hautes Pyrénées. Dans ce contexte géomorphologique de piémont/montagne, trois indicateurs ont été retenus : le gradient de pente, le dénivelé hydrographique et le potentiel de saturation en eau. On pourrait bien sûr en choisir d'autres, mais ces trois là donnent déjà un ensemble de résultats pertinents. L'outil propose une représentation de ces indicateurs en combinant entre autres leur intensité. Un premier exemple dans l'image ci-dessous. Les traits en blanc sont les limites des UCS délimitées sur la carte des sols des Hautes Pyrénées, secteur Magnoac.

extrait1

On peut constater que la plupart des limites suivent les plages de couleur, qui représentent donc ces indicateurs, mais que certaines d'entre elles passent aussi à travers ; d'autres auraient pu être tracées. Mais attention, les échelles de restitution ne sont pas les mêmes non plus...

Dans le deuxième exemple ci-dessous, en zone montagne calcaire du sud-ouest de Lourdes, on peut s'apercevoir que certains écarts s'accroissent alors que les paysages pourraient paraître plus contrastés. En rouge, des petites zones d'apprentissage pour de la fragmentation des unités, un autre travail en cours avec Pyrénées Cartographie. L'outil permet alors d'optimiser le positionnement de ces petites zones d'apprentissage de sorte que ces secteurs soient vraiment considérés comme des références.

extrait_Batsurgueres-redim

Mais on peut trouver plein d'autres usages à cet indicateur. Quant au nom de l'outil, on prendra 5 minutes une autre fois pour trouver quelque chose de plus simple !

 

 

 

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